20 juin 2007

Religion et Etat de droit: Méditation sur 'l'Affaire Béhanzin"

     Selon ces concepteurs qui l'opposent volontiers à l'Etat de police, l'Etat de droit est un Etat qui, dans ses rapports avec ses sujets et en ce qui concerne la garantie de leur statut individuel, doit se soumettre à un régime de Droit. Cela signifie que l'autorité administrative ne peut user, vis-à-vis de ses administrés, que de moyens autorisés par l'ordre juridique. Concrètement, l'Etat de droit se manifeste par le respect de la hiérarchie des normes, l'égalité des sujets de droit, l'indépendance de la justice.

     Il va donc sans dire que les citoyens ont besoin d'une certaine culture afin de s'approprier les idéaux véhiculés par un tel ordre politique. A côté de l'éducation familiale, scolaire (universitaire), sociologique, il ne faut pas perdre de vue l'éducation religieuse. Si la religion relève, pour l'essentiel, d'un choix de conscience individuelle, elle n'appartient pas moins au domaine public car le rituel religieux a une dimension sociale indéniable: l'homme ne saurait faire abstraction de ses convictions religieuses dans son comportement citoyen. Par la voie éducative, la religion inculque des éléments déterminants à la Promotion et à la Protection des droits de l'Homme et se présente comme une source d'apprentissage de la citoyenneté. Aussi la Bible affirle-t-elle clairement les idéaux d'humanité et de dignité humaine.

     Et, à l'époque des partis uniques, des responsables religieux ont souvent tiré la sonnette d'alarme devant les trop grandes violations des droits de l'Homme ou devant la pauvrété grandissante et les injustices sociales. C'est dans cette logique que le Pape Pie XI publia "Non Abbiamo Bisogno" en 1931 contre le fascisme, "Mit Brenneder Sorge" en 1935 contre le nazisme et "Divini Redemptoris" en 1937 contre le marxisme. En 1970, les représentants des principales religions du monde s'étaient réunis à Kyoto en vue de mettre sur pied une Conférence Mondiale qui ferait la promotion de la Paix, de la Justice...

     C'est donc une évidence que le fait religieux interfère dans le domaine public et donc sur les institutions politiques. Ainsi, par l'éducation religieuse, la religion se présente comme une des conditions d'émergence de l'Etat de Droit. Divers exemples limitent cependant cette belle thèse. En effet, en vertu de la séparation instaurée par la Modernité, l'on était en droit d'espérer le découpage juridique. Malheureusement, les tribunaux islamiques se proposent ni plus ni moins d'agir en juges compétents sur plusieurs domaines qui relèvent normalement du droit familial. Nous pourrions citer, entre autres, l'Association des Frères Musulmans, qui par le Livre saint et le sabre, invite les fidèles à instaurer le "règne de Dieu sur terre". Il en est de même du FIS en Algérie, du Front National Islamique au Soudan...L'on ne saurait oublier le silence de l'Eglise, voire sa compromission devant les violations flagrantes des droits de l'Homme (traite négrière, colonisation, antisémitisme...).

"L'Affaire Béhanzin" vient (ou alors tente d') assombrir un peu plus ce tableau. face à tous ces crimes supposés, que devraient faire les ONG spécialisées en matière des droits de l'Homme? Le Ministère de la justice devrait-il croiser les bras? L'Etat devra-t-il veiller à la VIE des communautés religieuses d'une manière plus rigoureuse?

Posté par CMER à 20:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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